Je me sentais donc citoyenne de gauche.

Mais quelle gauche ? Hélas, si l’idéal semble commun à différents partis, les moyens de l’atteindre divergent. Une fracture nouvelle est apparue quand fut mis en débat le traité constitutionnel qui devait régir l’organisation politique de l’Europe. C’est alors qu’un rassemblement de différents partis ou courants de gauche s’est constitué pour refuser ce traité aux forts relents de libéralisme économique et financier contenant en germe la casse de nos services publics « à la française ».

Une différence d’analyse préjudiciable à l’unité de la gauche.

Ce rassemblement, né dans la lutte du référendum, a donné naissance au Front de Gauche où se retrouvent les principales composantes de 2005 , rejointes par des militants et des citoyens qui, comme moi, se sont reconnus dans ses propositions.L’un de ses axes est bien la défense des services publics.

En effet, les services publics ont constitué un point fort de notre société :


  • ouverts à tous, ils offrent une égalité d’accès aux dispositifs permettant de satisfaire les besoins vitaux : formation, santé, transports, approvisionnement en eau, information, …
  • Ils sont facteurs de solidarité : ils sont financés par l’impôt, chacun contribuant à hauteur de ses moyens ; ils servent chacun selon ses besoins sur l’ensemble du territoire. C’est un outil de redistribution des richesses créées, quand les règles sont les mêmes pour tous. Le bouclier fiscal, mis en place par le gouvernement Sarkozy, et destiné à protéger les gains des grosses entreprises, pénalise le budget national, et ceci d’autant plus que ses capitaux ne sont pas réinjectés pour investir, créer des emplois ou augmenter les salaires, mais orientés vers les circuits financiers purement stériles pour l’économie.

Sans oublier, que les services publics constituent une source d’emplois stables (plus de 20 % de l’emploi total), facteur d’équilibre social.

Leur vocation n’est pas la rentabilité, mais l’efficacité. Et nous voilà au cœur du problème qui se pose :



De façon insidieuse, le gouvernement Sarkozy a obtenu du Parlement la ratification du traité de Lisbonne avec la complicité bienveillante de certains parlementaires qui se prétendent à gauche dans leur contrée, mais font fi de l’expression de leurs électeurs ; en effet dans notre circonscription, le NON l’avait largement emporté et cependant, notre député Sylvia Pinel, censée nous représenter, a voté POUR le traité simplifié. Dans le cadre de ce traité, les services publics français n’ont plus de légitimité ; leur transformation en sociétés privées, comme La Poste actuellement, est rendue obligatoire afin de satisfaire à la règle de « la concurrence libre et non faussée ». Pour éviter un tollé général, la mise en application n’est que progressive, à petits pas au début, pour être discrète et passer inaperçue.

Ainsi, dans notre bassin :

  • la fermeture du bureau de poste de Castel le lundi matin, les tentatives de fermeture ou de changement de statut des bureaux de poste ruraux, l’évolution commerciale du bureau de poste lui-même qui prend l’allure d’une boutique à gadgets ; ce sont les premiers indices du changement auquel prétendent s’opposer député et sénateur de la circonscription sachant fort bien qu’ils n’ont obtenu qu’un recul de quelques mois, le temps des échéances électorales …
  • Dans le domaine des télécom, la difficulté pour nombre d’entre nous d’obtenir le lien internet par haut débit, France-Télécom, devenu société privée, ne veut plus investir pour couvrir les zones blanches du territoire. Ce n’est pas rentable !
  • la forte crainte de voir fermer le bloc opératoire de l’hôpital intercommunal Castel-Moissac, consécutivement à la mise en application de la loi Bachelot relative à l’organisation de la santé, loi qui met en avant le facteur rentabilité plutôt que sécurité des gens puisqu’on n’hésite plus à éloigner les lieux de soin des lieux de vie ; là encore une orientation vers les cliniques privées dont l’objectif est de soigner, certes, mais aussi et surtout de produire des dividendes pour les investisseurs ;
  • L’insuffisance de la desserte ferroviaire locale pour Castel, Moissac et Valence où seulement 2 trains le matin et 1 seul le soir permettent de rejoindre les lieux de travail, tandis qu’est imposé sans concertation le projet de construction d’une nouvelle ligne rapide.
  • Dans le domaine éducatif, on peut relever aussi les difficultés que les équipes éducatives des collèges et lycées éprouvent en ce moment pour préparer la rentrée 2010 en raison des diminutions d’heures de cours, des suppressions de postes imposées en dépit de l’augmentation du nombre d’élèves. L‘exercice est d’autant plus difficile dans notre bassin qu’un nouveau lycée ouvre ses portes, mais à moyens académiques constants, donc en prélevant sur d’autres.

Si la Région a décidé de construire un nouveau lycée, force est de constater que l’Etat n’accompagne pas en apportant les moyens de fonctionnement ; au contraire, en supprimant des postes à raison de 15 000 par an environ, il décapite le système éducatif public.

Attention, appauvrir les services publics, c’est priver les salariés, les retraités, les familles aux revenus modestes du droit de vivre dignement (à ce propos, la crise est peut-être moins durement ressentie en France que dans d’autres pays européens grâce à notre secteur public qui supplée encore un peu). Les objectifs avancés généralement pour justifier ces mesures qui affectent les services de la poste, de la santé, des transports, de l’éducation sont « Modernisation », « Rationalisation », « Efficacité ». En réalité, c’est une volonté du gouvernement de droite de diminuer les budgets consacrés à tous les services publics dans le but de les affaiblir et de les donner en pâture au secteur marchand, sous le mauvais prétexte d’un coût de fonctionnement moindre. Il suffit de voir l’évolution du service des ordures ménagères à Montauban : Véolia prétend diminuer le coût de 5% mais oublie de dire qu’elle divise par deux le nombre de ramassages, sans compter la réduction du nombre d’emplois …

C’est cette évolution vers des services dits d’intérêt général, assurés par des entreprises privées, que nous refusons et que nous souhaitons inverser avec tous ceux qui veulent que les services publics de proximité continuent à tisser le lien social de la solidarité dans notre pays.


Pour une majorité, les services publics ont été créés après la guerre 39-45 et relèvent de l’Etat. Cependant, les lois de décentralisation ont transféré certaines compétences vers les Régions ; ainsi,

  • la gestion des transports publics régionaux,
  • l’entretien et la rénovation des lycées publics,
  • la formation professionnelle initiale et continue, en particulier.

Nos futurs élus du Front de Gauche auront la volonté de défendre le caractère public de ces secteurs d’activité et de les faire abonder :

  • Pour amplifier l’utilisation du rail comme moyen de transport public privilégié dans toute la Région, en particulier vers Toulouse, en développant le réseau ferré régional, seul en charge du budget régional. Une remarque, les infrastructures à usage national doivent être assumées par l’Etat ; nous refusons le chantage de la participation financière de la Région Midi-Pyrénées à la construction de la LGV Paris-Bordeaux-Toulouse-Narbonne …
  • Pour servir prioritairement l’enseignement secondaire public et laïque tout en dénonçant le désengagement de l’Etat sur ses propres missions.
  • Pour développer la formation professionnelle assurée par des organismes publics, afin d’élever le niveau de qualification des jeunes et des salariés, condition nécessaire pour permettre toute adaptation dans le métier, de réduire les inégalités sociales

et de maintenir le caractère national des diplômes.

Les formations ne sont pas à ranger au rayon des marchandises !

Responsables de l’entretien des lycées, nous nous opposerons à la privatisation des services dans les établissements scolaires (entretien ou secrétariat).

A l’échelle de notre territoire, nous favoriserons la gestion publique d’autres biens communs comme l’eau, la santé, le logement social, …

Ainsi, pour privilégier la distribution publique de l’eau, nous mettrons en place une structure régionale de gestion de l’eau, afin d’aider les communes à gérer ce domaine en régie publique avec une politique tarifaire qui concilie équité et responsabilisation.

En conclusion, pour que l’aménagement du territoire se fasse dans l’intérêt de tous, contribuables, salariés et usagers, il faut refuser la privatisation et renforcer la présence des services publics dotés de moyens de fonctionnement suffisants.