Pensez-vous qu’il est encore possible de faire reculer ?le pouvoir sur la réforme ?des retraites??

Pierre Laurent. Le gouvernement a perdu la bataille des idées. La journée du 2?octobre a montré que l’élargissement du nombre de personnes dans l’action se poursuit. C’est la clé de la victoire, qui sera possible si la majorité d’idées qui unit le pays contre cette réforme se transforme en majorité dans l’action. Les jours à venir, la grève du 12?octobre et ses suites seront décisifs.



La nouveauté à gauche est que, désormais, toutes ses composantes ?se rencontrent et parlent ?de rassemblement. Est-ce un signe positif pour l’alternative en 2012??

Pierre Laurent. Ça bouge à gauche parce que ça pousse dans tout le pays. Mais ces manifestations d’unité, essentielles pour battre Sarkozy, ne résolvent pas à elles seules tous les défis posés à la gauche. Pour crédibiliser une alternative, il faut que la gauche ait du courage face aux marchés financiers et s’accorde sur les objectifs politiques à réaliser. Or le débat demeure, comme on le voit sur les retraites. La lumière ne jaillira pas du face-à-face entre formations. Seule l’intervention populaire peut faire bouger les choses. C’est le sens du Front de gauche. De même que leur entrée dans l’action contre la réforme des retraites change la donne, l’irruption des citoyens sur le terrain politique peut déplacer les lignes à gauche.

Quelles sont les conditions pour que ?la gauche gagne les élections ?de manière durable et ne se contente pas d’une victoire par défaut??

Pierre Laurent. N’allons pas trop vite en besogne, ce n’est pas parce qu’un pouvoir est en grave difficulté qu’il a perdu. Non seulement les gens qui souffrent ont besoin de gagner tout de suite, mais ce sont ces victoires qui peuvent le mieux préparer celle de 2012. Donc, ne lâchons rien sur les retraites. Ensuite, pour construire une victoire solide et durable, il faut énoncer les grandes questions auxquelles la gauche ne doit plus se dérober?: la construction de nouveaux droits sociaux contre les marchés financiers?; la nécessité de redonner du sens au travail, à la production, aux missions publiques, aux choix de développement pour faire reculer la dictature des logiques de profit sur nos vies?; le besoin de reconstruire la démocratie en reconquérant des pouvoirs contre l’argent, en réorientant les richesses vers les dépenses publiques utiles via la fiscalité, en se réappropriant le crédit et la banque grâce à un pôle public financier, en changeant la politique européenne.

Vous partagez donc l’idée qui s’exprime à gauche que l’antisarkozysme ne suffit pas??

Pierre Laurent. Quand on est face à un pouvoir qui démolit la France, lui résister est un devoir. Si l’antisarkozysme ne suffit pas, il est indispensable. Mais il doit être conséquent, c’est-à-dire aller au bout de la critique et être capable de dire par quelle politique nous voulons remplacer la sienne. Je n’oppose donc pas l’antisarkozysme à la construction d’une alternative.

Où en est le Front de gauche après ?le lancement de son projet partagé ?à la Fête de l’Humanité??

Pierre Laurent. À la Fête de l’Humanité, plusieurs milliers de personnes ont souhaité s’associer à cette démarche. Des initiatives de lancement se préparent dans les départements et nous éditons des «?cahiers?» du projet pour élargir le processus. Des initiatives nationales sont prévues avec nos partenaires du Front de gauche sur les retraites et sur la République, les droits et les libertés. Des fronts thématiques sont envisagés sur les enjeux économiques et la jeunesse. Les 27 et 28?novembre, le PCF tiendra un colloque national très ouvert pour enrichir sa contribution. Ces travaux convergeront progressivement pour aboutir au projet partagé.

Vous engagez avec le Front de gauche ce projet partagé et, simultanément, le PCF propose un pacte d’union populaire. Pouvez-vous préciser ?la place respective de ces offres??

Pierre Laurent. Il n’y a pas deux mais une seule démarche. Nous voulons construire un projet partagé. Pour dire quoi?? Ce que la gauche devrait faire pour réussir vraiment à changer la vie. Nous parlons de projet partagé parce qu’il doit, à nos yeux, être établi en commun par les forces du Front de gauche et par toutes celles et tous ceux qui partagent des ambitions claires sur le contenu d’un projet de gauche. Comment construire ce projet?? Nous pensons au PCF qu’il faut le faire dans un débat public, populaire et transparent. C’est cela le pacte d’union populaire, l’outil du rassemblement qui permettra à toutes les forces mobilisées dans la société de s’engager dans ce débat pour exprimer ensemble le contrat qui devrait lier toutes ces forces et ces citoyens.



Vous vous êtes porté garant de l’absence de guerre des ego au Front de gauche concernant la candidature à la présidentielle de 2012. Comment allez-vous faire concrètement??

Pierre Laurent. D’abord en approfondissant cette démarche sur le projet qui, si nous n’y prenons pas garde, sera marginalisé par la mécanique présidentialiste. La désignation d’une candidature commune pourra alors s’appuyer sur un contrat politique partagé et des objectifs qui nous réunissent. C’est la garantie d’une ambition collective. Que ce soit Jean-Luc Mélenchon, André Chassaigne ou une autre personnalité, ce dispositif collectif permettra que nos formations et leurs adhérents effectuent un choix sur la base d’un contrat clair, sans conduire à la guerre des ego ou à l’éclatement du processus.




Ne craignez-vous pas une répétition de l’échec des collectifs antilibéraux en 2007??

__ Pierre Laurent.__ Ce que nous construisons avec le Front de gauche est d’ores et déjà très différent et peut devenir plus solide encore si nous parvenons à franchir les étapes souhaitées. Vous savez, je suis le premier à ne pas vouloir revivre 2007. Je peux vous dire qu’au PCF nous abordons cet enjeu dans un esprit constructif, sans arrogance et avec l’envie d’aboutir à une construction réellement partagée.

Entretien réalisé par Sébastien Crépel