Comment Apporter de la confiance et de l’espoir avec le front de gauche?

Par Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF.

Le vote du Sénat pour l’amnistie sociale a été l’occasion d’échanges au sein du Front de gauche : quel positionnement adopter pour obtenir une majorité de gauche sur ce texte ? Au regard de la situation politique actuelle, notamment du durcissement de la politique gouvernementale au nom d’une austérité renforcée, et alors que notre proposition de loi avait été rejetée en commission, ce débat était parfaitement légitime. D’ailleurs, n’oublions pas que, depuis sa création, le Front de gauche est un espace où la diversité a toujours été une force, une richesse. À bien des étapes dans la jeune histoire de notre rassemblement, c’est justement cette reconnaissance du collectif que nous sommes qui a permis de trouver les réponses à la hauteur des enjeux auxquels nous devions répondre.

Je tire une expérience personnelle de cette période qui a vu la naissance puis le développement du Front de gauche. Nous allons de l’avant quand nous sommes celles et ceux qui proposons à la fois une alternative forte et crédible, un choix de société en rupture avec les régressions en cours, tout en étant utiles pour ouvrir des brèches dès à présent. Bref, quand nous représentons un espoir qui se projette mais qui sait aussi agir pour des avancées concrètes et immédiates. Quand une majorité de celles et ceux qui ont voté pour le changement sont aujourd’hui dans le doute, la déception, se disent que « c’est râpé », et que beaucoup d’entre eux éprouvent un sentiment de trahison au regard des engagements pris par François Hollande, tout ce qui peut être arraché, par les luttes qui se développent, par notre capacité à rassembler, à convaincre, est déterminant. Pour modifier le rapport des forces en faveur du changement, il faut apporter de la confiance et de l’espoir. Je pense par exemple que les syndicalistes de la fonction publique, comme les salariés du public en général, sont aujourd’hui plus forts après avoir obtenu l’annonce de la suppression du jour de carence, plus forts pour combattre les suppressions de postes et obtenir des augmentations de salaires. Les dernières élections en Italie illustrent cruellement le résultat de processus de recompositions politiques qui, quand l’espoir d’une autre politique est totalement évacué, laissent le champ libre aux populismes, au « tous pourris », alors que 8 millions d’Italiens vivent sous le seuil de pauvreté et que 37 % des jeunes sont au chômage.

Oui, ouvrir des brèches comme cela vient d’être fait avec le vote au Sénat. Ceux qui en douteraient peuvent facilement s’en convaincre au regard des réactions du patronat, de la droite, des éditorialistes les plus réactionnaires qui ont donné libre cours à l’expression d’une véritable haine de classe. C’est une incontestable victoire pour les luttes sociales et associatives. Sur cette base, avec les associations, les forces progressistes, nous pouvons rassembler dans les prochaines semaines pour élargir le périmètre de l’amnistie, fixons-nous l’objectif d’un vote à l’Assemblée nationale qui devra veiller à ce que cette loi n’oublie personne.

Au cœur de cette actualité parlementaire, nous avons beaucoup pensé aux syndicalistes condamnés dans le cadre d’actions militantes pour la défense de l’emploi. Alors que les grands groupes, à Amiens, Aulnay ou Florange, détruisent l’emploi et la vie de tant de familles dans le pays, la question industrielle est l’une des plus brûlantes de la période. Avec plus de 2 millions d’emplois perdus en trente ans dans l’industrie, la relance se fera sur la base de grandes propositions d’avenir, en lien avec les enjeux énergétiques et un nouveau mode de développement, une vision, et une démarche associant les organisations syndicales, les populations.

Dans un récent entretien au journal le Monde (5 mars), Louis Gallois observait : « Il ne faut pas aller trop loin dans la déstructuration du tissu industriel, car il est difficile après de le reconstituer. »

En effet, la situation est aujourd’hui extrêmement préoccupante. Le risque d’un basculement dans la récession n’a jamais été si proche. L’austérité tue la croissance sans permettre d’atteindre les objectifs de réduction des déficits publics. La Commission européenne joue sur du velours. D’une main elle accorde un délai, de l’autre elle accentue la pression. « Les réformes doivent se poursuivre, préconise le commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn, Paris doit être nettement sous la barre des 3 % en 2014 en ciblant notamment les retraites. »

Avec notre campagne pour une alternative à l’austérité, et notamment dans l’immédiat notre combat contre le texte gouvernemental pour retranscrire l’accord national interprofessionnel (ANI) du 11 janvier dans la loi, la même démarche doit nous guider : décrypter, expliquer, dénoncer cet accord indigne qui désarme les salariés, opposer à la précarité et la mobilité nos projets de sécurisation de l’emploi, proposer au vote des parlementaires des mesures qui renforcent les droits des salariés et donc peuvent modifier en leur faveur les rapports de forces. Nous sommes à un moment de vérité puisque, outre cette loi sur l’emploi, le gouvernement devra présenter en avril à Bruxelles son programme de consolidation budgétaire et donner des gages en précisant la nature et le rythme des 60 milliards de coupes dans les dépenses publiques d’ici à 2017. La commission sur l’avenir des retraites rendra ses conclusions à l’été. L’objectif est un déficit zéro en 2020 avec une mise en œuvre de nouvelles mesures dès 2014 et donc un vote au Parlement d’ici à la fin de l’année. Il nous faut aussi suivre de près les grands dossiers de la formation professionnelle, de la protection sociale, de l’éducation, de la décentralisation.

Ne pensons pas que François Hollande et le gouvernement sous-estiment la gravité de la situation. Pour eux, le redressement viendrait de l’effet cumulé du pacte de compétitivité et de l’ANI. Mais il n’en sera rien. Et déjà, au nom de la dégradation de la situation économique, le patronat en demande davantage.

Les prochaines semaines seront à n’en pas douter un moment de vérité où les communistes, avec le Front de gauche, avec toutes celles et ceux qui sont disponibles pour se rassembler et agir, par leurs critiques et leurs propositions précises sur tous ces sujets, devront dessiner un chemin pour répondre, au final, à une question : dans quelle société voulons-nous vivre ?

Olivier Dartigolles