Ce week-end et le précédent. Au total, dix-sept assemblées ont fait leur l’offre nationale, proposée par le Conseil national du PCF. En Alsace, Aquitaine, Auvergne, Centre, Corse, Franche-Comté, Île-de-France, Languedoc-Roussillon, Limousin, Midi-Pyrénées, Nord-Pas-de-Calais, Basse-Normandie, Haute-Normandie, Pays de la Loire, Picardie, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Rhône-Alpes, les délégués régionaux ont exprimé majoritairement leur préférence pour la constitution de telles listes. Quatre régions ont fait le choix d’un rassemblement de la gauche incluant le Parti socialiste dès le premier tour. C’est le cas de la Bourgogne, de la Champagne-Ardenne, de la Lorraine et du Poitou-Charentes. Enfin, la Bretagne a reporté sa décision en janvier.

Toutefois, ces choix ne seront définitifs qu’une fois ratifiés par l’ensemble des militants communistes, les 19, 20, et 21 novembre. Dans la plupart des cas, ceux-ci devront départager, sur le bulletin de vote, l’option ayant l’assentiment de la majorité des délégués régionaux et une ou plusieurs options « alternatives », celles-ci comportant le plus souvent le rassemblement dès le premier tour avec le PS, et, dans certaines régions, la possibilité de listes autonomes du PCF. Les conférences régionales avaient aussi à désigner, lorsque cela s’avérait possible, un « chef de file » des candidats communistes présents sur les listes. Si certaines régions ont donc choisi le leur (Nord, Paca…), nombreuses furent celles préférant reporter cette décision pour départager plusieurs candidatures possibles, comme en Île-de-France.

Île-de-France? : un Front à « plusieurs voix »

Hier, à La Plaine-Saint-Denis, les quelque quatre cents délégués franciliens ont décidé, à la quasi-unanimité (moins cinq voix contre et onze abstentions), de se prononcer pour « une liste du Front de gauche élargi » aux élections régionales, ouverte aux acteurs sociaux et politiques. Ils proposent que « la tête de liste soit issue du PCF dans une campagne collective et à plusieurs voix ». Pour les communistes, un constat s’impose? : « Si la gauche a tenté de répondre aux défis de l’Ile-de-France, elle n’est pas parvenue à enrayer le creusement des inégalités », faute « d’une gestion de lutte participative s’appuyant sur les forces vives des régions », a argumenté Michel Laurent, secrétaire du comité régional du PCF. D’où la proposition de « faire bouger les lignes » à gauche « en étant présents à part entière dès le premier tour et en faisant s’exprimer les citoyens ».

Un débat articulé à celui sur la désignation du chef de file des candidats communistes. « Nous voulons créer une dynamique de rassemblement de toutes les forces qui cherchent une issue politique à gauche. C’est avec cette ambition que je suis moi-même disponible », a déclaré Pierre Laurent (Paris), coordinateur national du PCF. Également candidat, le député de Seine-Saint-Denis, Patrick Braouezec, a fait valoir que « le choix de la tête de liste n’est pas neutre pour bâtir un Front de gauche plus large qu’un cartel d’organisations ». Certains ont exprimé leur préférence pour une « personnalité connue et reconnue » comme Patrick Braouezec, d’autres pour une candidature identifiée à « l’apport des communistes » dans la campagne commune, comme Pierre Laurent. Mais, dans l’ensemble, les délégués franciliens ont préféré reporter cette décision à une conférence ultérieure, le 14 décembre, suivie d’un vote de tous les militants, les 17 et 18 décembre. « Construire un front nécessite de discuter des têtes de liste avec nos partenaires à partir de critères. Donnons-nous le temps d’en débattre », a plaidé Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF, pour qui « rien n’empêche de démarrer la campagne » dès la stratégie ratifiée par les communistes. Première décision d’action? : l’appel au rassemblement, le 24 novembre, à 18?h?30, devant l’Assemblée nationale, pour s’opposer au projet de Grand Paris porté par la droite.

Languedoc? : l’ombre de Georges Frêche

En Languedoc-Roussillon, la conférence régionale a massivement approuvé, samedi, à Balaruc-les-Bains (Hérault), l’offre nationale de constitution d’une liste du Front de gauche (143 pour, 10 contre, 9 abstentions) et désigné François Liberti, conseiller général de Sète et ancien député, comme chef de file des communistes (151 pour, 13 abstentions) . Dans cette région, évoquer les questions de construction politique à gauche et les rapports avec le PS ne suffit pas à faire le tour des questions stratégiques, puisqu’il y a « la cerise sur le gâteau », pour reprendre l’expression de plusieurs délégués. À savoir, Georges Frêche. Même si de nombreux intervenants ont souligné que les questions posées aux communistes de la région étaient les mêmes dans toute la France, le débat a, malgré tout, été marqué par la personnalité du président de région sortant.

La mandature qui se termine constitue-t-elle, pour le PCF, une « expérience douloureuse qui (nous) a affaiblis », comme l’a exposé, dans son introduction, Martine Gayraud, secrétaire départementale du Gard? ?
Non, pour Henry Garino, vice-président du conseil régional, qui juge « le bilan positif. Ce n’est pas le bilan du seul président, c’est celui de toute une équipe ». Oui, pour Aimé Couquet, de Béziers? : « Toutes les mesures prises par la région sont des mesures d’accompagnement du capitalisme. » « La question du déplacement du curseur à gauche est posée dans toutes les régions », a rappelé Jean-Michel Suau, conseiller général d’Alès, qui est « favorable au Front de gauche, car c’est une construction, une nouvelle étape ». Jean-Paul Boré, vice-président du conseil régional, a regretté que « nous privilégiions la question des alliances à celle des contenus ». « Il fallait s’acharner à vouloir imposer à nos partenaires des propositions pour faire du neuf, a estimé Jean-Claude Gayssot. Je ne suis pas sûr que, dans quelques mois, le Front de gauche aura un rapport de forces amélioré, au regard du rapport de forces actuel issu des européennes. » Pour François Liberti, « le Front de gauche, ce n’est pas une question de cartel d’organisations mais de contenu. Dans cette région, l’enjeu est de faire émerger une gauche de transformation sociale et démocratique, et de construire une alternative à la gauche d’accompagnement ».

Nord? : Alain Bocquet, chef de file

Les 181 délégués du Nord-Pas-de-Calais, réunis samedi à Lille, ont défini leur stratégie pour les élections régionales. Ils partiront unis autour d’une liste « grand-angle » (seulement 4 abstentions). C’est-à-dire une liste qui, au-delà des composantes « naturelles » du Front de gauche (PCF, Parti de gauche, Gauche unitaire), s’ouvrira aux mondes du travail, de la culture, à d’anciens socialistes, et « pourquoi pas, à des personnes venus du NPA, des Verts, des radicaux de gauche ». Une liste à 50 %, voire 60 %, « ouverte », donc, pour porter une « réelle ambition » pour ce territoire de 4 millions d’habitants. Alain Bocquet, député maire de Saint-Amand-les-Eaux, a été désigné pour conduire cette liste et, surtout, un projet susceptible de « s’opposer fermement face aux mauvais coups portés par la politique de Nicolas Sarkozy ». La région la plus jeune de France, « turbine de l’industrie du pays », caracole en tête des palmarès des grandes fortunes et, malgré cela, tous les indices sociaux sont au rouge (santé, emploi, formation…). L’enjeu est de « ne plus se contenter de pleurer », ont affirmé les délégués. Critique non dissimulée envers un PS « de gestion » qui paraît bien esseulé. Quant à Valérie Létard, à la tête de la liste UMP, elle ne trompe personne ici derrière son déguisement de « parfaite assistante sociale ».

« Refuser la fermeture de la gare de triage de Somain qui remettrait un million et demi de camions par an sur nos routes », fait partie des déclinaisons concrètes d’un projet de développement « humainement durable », pour Alain Bocquet, qui fustige par ailleurs le groupe PSA qui ose annoncer à la fois 6?000 licenciements en France, après avoir encaissé des milliards d’euros de fonds publics sous couvert de la crise, et l’ouverture d’une usine en Chine. « Remboursez? ! » est l’une des exigences que les communistes du Nord-Pas-de-Calais entendent porter dans leur campagne.

Sébastien Crépel (à Saint Denis) Christophe Deroubaix (à Balaruc-les-Bains) et Laurence Mauriaucourt (à Lille)