Les interventions promettaient d’être nombreuses et elles le furent. L’offre politique nationale pour les élections régionales de mars 2010, adoptée hier par la direction communiste par 126 voix ( 22 contre et 9 abstentions) n’intéresse pas seulement les adhérents du PCF, qui sont appelés à se prononcer par un vote les 19, 20 et 21 novembre. Elle concerne aussi au premier chef les formations et les personnalités engagées dans le Front de gauche.

L’équation qu’il fallait résoudre tenait à quelques exigences : se mettre en ordre de bataille pour faire élire le maximum de conseillers régionaux sur des listes bien orientées à gauche, barrer la route à la droite qui actuellement ne dirige que deux régions sur vingt-deux ( Corse et Alsace) ; constituer, partout où c’est possible, des majorités de gauche au sein desquelles ils agiront pour la mise en œuvre d’objectifs de transformation sociale y compris dans les exécutifs régionaux. Mais force est d’observer que ni le PS ni les Verts n’ont jusqu’alors donné l’assurance qu’ils ne conclueront pas d’accord avec le MoDem. L’inclusion du parti de François Bayrou dans des majorités régionales au nom de l « antisarkozysme » est incompatible avec la volonté de mener une politique de gauche.

Pour peser et faire obstacle à la recomposition politique social libérale et écolocapitaliste , le courant progressiste de la gauche devra présenter des listes autonomes au premier tour qui fusionneront avec le PS et les Verts au second sur la base des influences respectives et d’un projet politique transformateur. C’est simple et logique, mais le contexte politique provoque des turbulences.

« La recomposition politique se déroule sous nos yeux, a constaté Marie-George Buffet, et marque les débats dans toute la gauche » Ainsi le 14 novembre, une réunion est programmée à Dijon avec des socialistes, des écologistes et des responsables du MoDem. Mais le contexte, c’est avant tout lune crise sociale intense, un gouvernement qui sabre le modèle social, des luttes nombreuses, une grande aspiration à l’unité qui parcourt le monde du travail. La mobilisation autour de la votation sur la Poste est riche d’enseignements, ont souligné plusieurs responsables, Ce vote montre, a expliqué Marie-George Buffet que lorsque les objectifs qu’on se fixe sont clairs, quand les gens ont le sentiment qu’ils peuvent peser, quand toute la gauche est en mouvement, la dynamique populaire est au rendez-vous. »

Le PCF, fort de l’expérience positive du Front de gauche pour les élections souhaite contribuer à la formation d’un front de gauche élargi, ouverts à des forces nouvelles, à des personnalités, à des militants du monde syndical associatif travaillant autour de projets régionaux bien ancrés à gauche. Les dix ateliers qui viennent se se tenir dans tout le pays ont permis à une centaine de personnalités de commencer ce travail.. D’autres hommes et femmes sont prêts à rejoindre ce vivier d’intelligences. Le Front de gauche n’est pas « un cartel d’organisations, pour Marie-George Buffet, mais un élan ». De ce point de vue, le conseil national de ce week-end, revêt le même caractère que celui de septembre 2008 qui lança l’idée du front pour les Européennes « C’est une nouvelle étape. L’offre politique s’adresse aux partenaires du PCF, qui n’ont pas tardé à exprimer leur satisfaction, et à tous les progressistes.

Elle prévoit explicitement que « partout où c’est possible », seront constituées indépendamment du PS et d’Europe écologie, des listes du front de gauche de large rassemblement. Le NPA aurait sa place dans ce mouvement, mais de la même manière qu’aux élections européennes, la formation d’Olivier Besancenot se refuse à prendre sa place dans des majorités de gauche dès lors que le PS y participerait.La semaine dernière, alors que Jean-Luc Mélenchon venait de déclarer qu’un accord était proche, la direction du NPA durcissait le ton sur le thème des « deux gauches inconciliables ».

Sollicité par l’Humanité pour réagir à l’offre politique du PCF, le NPA restait silencieux. Les communistes, pour leur part, n’entendent pas faire l’impasse sur la raison d’être du front de gauche ( travailler à des majorités de gauche pour changer vraiment) dans l’espoir d’obtenir un éventuel accord avec le NPA. Pas question pour le PCF de transiger avec son identité : défendre le monde du travail dans les entreprises, dans la rue.dans les urnes et chaque fois que c’est possible dans les instances de pouvoir où des communistes sont élus. La mise en oeuvre de cette offre politique de caractère national sera-t-elle de la même manière appliquée dans toutes les régions ? Plusieurs responsables communistes ont fait observer la diversité des situations, en matière de rapports de force ou de bilan.

Des conférences régionales vont se tenir. Ici et là la reconduction des accords avec le PS dès le premier tour restent possibles, cette option a des défenseurs qui redoutent, sur le plan local, un score insuffisant pour peser ou même pour fusionnner. Mais pour la majorité du Conseil national, l’offre nationale doit déclencher une dynamique de rassemblement qui permettra de construire des fronts partout où c’est possible, selon les termes du texte adopté.. Celui-ci va être popularisé largement dans les prochains jours. Une grande initiative populaire de lancement de la campagne du PCF est annoncée pour le 5 décembre.

Jean-Paul Piérot