Républicaine espagnole, originaire de l’Aragon, exilée, elle trouve refuge en France en 1939. Elle était ô combien sensible aux mots liberté et espoir forgés dans les luttes émancipatrices, celles du commun combat de la Résistance contre les fascismes et pour la Libération des peuples. Elle qui aimait chanter, se montrait sensible à la voix de Jean Ferrat, au poème « Liberté » (« Je suis né pour te connaître pour te nommer liberté. »), au « Chant des Partisans » (« Amis entends-tu …? »).

Elle éprouvait toujours une grande joie lors des rencontres avec ses amis. Ceux de l'amicale des anciens combattants de la Pointe de Grave, de l'association de son hameau à Saint-Aureil, de Républicains espagnols résidant dans le Quercy, notamment depuis 2005 grâce aux initiatives du groupe de parole Carmela (basé à la MJC de Cahors) qui développe un travail visant à enrichir la connaissance de notre histoire et à la transmettre, et de MER-82. Lors de cérémonies officielles, tel le 8-Mai, avec ses amis et camarades, elle avait à cœur de fleurir le monument aux morts de son village. Elle en avait pris l'initiative encore cette année.

Ô combien la République lui tenait à cœur, mot inscrit en caractère gras à la une du numéro de l’automne 1945 du journal « Notre Quercy » qu'elle avait conservé souhaitant l'offrir à la fédération du Lot du Parti communiste. Ce qui sera fait. Déjà en 2009 sur sa proposition le comité lotois des Amis de l’Humanité en faisait une réédition dont les exemplaires sont mis en souscription pour soutenir « l’Humanité ». La lecture du journal de Jean-Jaurès et de « La Terre » accompagnera son apprentissage de la langue française.

Castelnau-Montratier l'accueillait en 1939 où elle retrouvait alors sa sœur aînée Maria, vivante, dont elle était alors sans nouvelle depuis des semaines. «(…) Il pleut sur cette route venant d'Espagne... sur la foule... des femmes, des enfants. On ne les entend pas. Ils sont assis sur leurs hardes ou debout et ils attendent un train qui viendra on ne sait quand et qui partira on ne sait où. (...)» (Extraits de Elsa Triolet-Aragon, L'œuvre poétique Tome IX. 1939-1942, p.12). Ce fut un immense bonheur pour elle qui vivait alors dans la tourmente de l'exode. Comme elle, Maria avait été contrainte de fuir Barcelone le 23 janvier 1939, juste quelques heures auparavant, face aux avancées des armées de Franco soutenues par les fascismes coalisés.

Vincente, alors âgée de 20 ans, aura vécu dans tout son être l'exode sur les chemins de la Retirada, et au cours de l’exil, affrontant les conditions souvent effroyables que connurent des centaines de milliers de personnes face à la barbarie, à la bête immonde.

« Retirada » est le nom retenu par des historiens pour caractériser cette période. Il est aussi celui d’un tableau peint en janvier 2009 par Vilardell, exposé pour la première fois à la Maison Jacob à Castelnau-Montratier, en juin 2009. Vincente en avait fait aussitôt l’acquisition avec ses camarades du Parti communiste Français, souhaitant par-là que ce tableau puisse être exposé, accompagné de quelques explications historiques. Ce qui se fit, devenue itinérante l'œuvre aura-t-elle été exposée dans plusieurs espaces dédiés à la culture. Durant tout ce printemps il était accueilli et exposé au Musée de la Résistance à Cahors.

Vincente aimait à rappeler: « Je me suis mariée à Castelnau-Montratier avec Milou (le 22 janvier 1945) peu avant la Victoire du 8 mai 1945. De notre union naîtra quatre filles. Toutes attachées à nos valeurs d’humanité et fières, comme je le suis moi-même, de l’engagement de leur père dans la Résistance. Précisément dans les maquis qui s’étaient formés dans le Quercy blanc au début des années 1940. Au lendemain de la Libération du Lot Milou se portait volontaire pour poursuivre le commun combat à la Pointe de Grave pour libérer les peuples du fascisme ». Au lendemain de la Libération, Vincente épouse Emile (dit « Milou ») Sabatié, paysan, combattant de la Résistance dans les maquis à Castelnau-Montratier et qui fit le choix à la Libération de poursuivre son engagement comme soldat volontaire dans les combats libérateurs des peuples contre l’armée allemande repliée à la Pointe de Grave.

Henri Thamier, élu député (PCF) du Lot à l’automne 1945 (le groupe communiste à l’Assemblée Nationale était alors formé de 152 représentants), lui rend hommage dans son livre « Le Rouge et le Cœur » (1988): « Castelnau-Montratier connaît et estime Emile Sabatié, notre « Milou », sans Tintin. Militant exemplaire, il a gagné la considération affectueuse de ses compatriotes. Il a su conserver intacte l’influence de notre parti (le PCF), malgré les vicissitudes et les difficultés… ».

Lors du 1ier Festival des mémoires à Cahors, Vincente participa avec la peinture « Retirada (2009) ». Ainsi la création artistique contribuait-elle au nécessaire travail de mémoire. « Je m’en réjouis », disait-elle. « Regardez cette toile, ces couleurs sang et or de la Catalogne mêlées à celles de la République espagnole. Elles ont le vif éclat des combats de la Résistance et de la liberté. Ces couleurs-là nous accompagnaient quand, franchissant à pied les Pyrénées, nous foulions les chemins sous les mitrailles et les morsures du froid, des couleurs d’espoir et de Paix qui flamboient toujours dans nos cœurs et nos têtes! ». Elle figurait aussi dans l'exposition « Portraits de Mémoire » de la photographe Sylvie Neveu.

Toute sa vie, jusqu'à son dernier souffle, Vincente aura fait sienne la belle expression de Lucie Aubrac: « Résister est un verbe qui doit toujours se conjuguer au présent ».



J V.


Castelnau-Montratier, le 28 juin 2010

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e-la-Catalogne.html]
http://www.ladepeche.fr/article/201... et http://www.ladepeche.fr/article/200...